Le 29 juin, Jean-Luc Mélenchon a dîné, en présence de la députée Aurélie Trouvé, avec les dirigeants d'une cinquantaine de grandes entreprises réunis par France Industrie, organisation qui rassemble notamment Airbus, ArcelorMittal, EDF, L'Oréal, Naval Group, Safran et Veolia, ainsi qu'une trentaine de fédérations industrielles. Restée discrète trois semaines, la rencontre a été révélée par Le Parisien le 22 juillet. Elle portait sur la production et sur les relations entre l'État et les entreprises en cas de victoire. Défenseur d'une industrialisation écologique et d'une gouvernance par les besoins, le candidat y a soutenu que l'État remplirait le carnet de commandes des entreprises suivant sa planification. Une nouvelle rencontre avec le grand patronat est prévue le 27 août à la Rencontre des entrepreneurs de France du Medef. La révélation a provoqué une réplique à sa gauche, Nathalie Arthaud, de Lutte ouvrière, y voyant une confirmation de sa méfiance envers la gauche de gouvernement.
« l'État remplira les carnets de commandes des entreprises »
Le dispositif est un exercice de crédibilisation gouvernementale mené hors caméra, exactement le registre où on ne l'attend pas. S'adresser au grand patronat sans public, c'est viser un auditoire non acquis pour y installer non pas un ralliement mais une hypothèse, celle d'un pouvoir insoumis avec lequel l'industrie devrait composer, et le vocabulaire choisi le montre, on ne parle pas lutte des classes mais carnet de commandes et planification bénéfique. C'est un réalignement de posture sans changement de ligne affichée, la même industrialisation écologique traduite dans la langue de l'interlocuteur. La discrétion faisait partie du dispositif, un dîner à huis clos permet de parler à ce public sans le payer devant l'autre, la base. La révélation tardive par la presse est ce qui retourne le dispositif, elle le fait passer d'élargissement maîtrisé à pièce à charge, et le coût est immédiat et documenté, l'accusation de trahison venue de Lutte ouvrière. Le signal le plus net est la reconduction annoncée au Medef le 27 août, elle indique que le dispositif est assumé, que le candidat juge le gain de crédibilité de gouvernement supérieur au coût de contestation à sa gauche, et qu'il déplace sciemment son centre de gravité vers la stature présidentielle.
Parler à un public non acquis, hors caméra et dans sa langue à lui, est un moyen puissant d'installer sa crédibilité de gouvernement sans renier sa ligne, à condition d'assumer que le huis clos ne dure jamais. La révélation transforme toujours le dispositif discret en pièce à charge pour vos propres alliés, et le vrai arbitrage n'est pas de cacher la rencontre mais de décider à l'avance quel flanc vous acceptez d'exposer. Reconduire l'exercice après le coût subi, comme ici au Medef, est un choix de trajectoire, celui de privilégier l'espace de conquête sur la garde du camp d'origine.